La réalité des faits, le rapport Cancès


Avant de légiférer il serait peut-être souhaitable de comprendre pourquoi les faits arrivent. D'analyser si la législation actuelle en est responsable. Ce n'est pas le cas. D'après le rapport Cancès l'arsenal répressif actuel en matière d'infraction à la loi est suffisant. Cependant (chiffres de la direction centrale de la police judiciaire) le nombre des affaires de ports d'armes et de détention prohibées augmente depuis 10 ans alors que dans le même temps celui des personnes écrouées est à son niveau le plus bas
1986 13 279 faits constatés 1167 écroués 8,79%
1996 18 174 faits constatés (+37%) 701 écroués (-40%) 3,86%

Un délit de port d'arme est 2,28 fois moins sanctionné en 1996 par rapport à 1986. De cela B. Le Roux ne dit mot et sa proposition ne s'attaque pas à ce problème clé qui conditionne les violences en particulier dans les banlieues. En 1995 d'après les statistiques de la Gendarmerie nationale sur 347 homicides 130 avaient pour origine une arme à feu, le reste soit 217 étaient dus à des armes blanches ou des moyens divers. La violence dans les villes en 1996 a fait 36 morts. Les armes utilisées en majorité : couteaux, cutter, pistolets à grenaille, fusil .22LR (chiffres Direction Centrale des Renseignements Généraux ) On pourrait rapprocher ce chiffre des morts en deux roues (plus de 800).

L'analyse des faits divers récents montre que les armes mises en cause étaient, soit détenues illégalement, soit des fusils à pompe. D'autre part 60% des expertises effectuées à la suite d'un crime ou délit dans les banlieues concernent les fusils à pompe. Les députés prétendent vouloir lutter contre la criminalité en réglementant les tireurs sportifs et chasseurs, cela ne résoudra rien, qu'on en juge : Dans l'hebdomadaire "Marianne " du 16 mai on peut lire "Ici, en banlieue, pour 1000 balles, tu peux acheter un pétard. Pas un grenaille tous nul ; un vrai automatique..."

Enfin pour terminer le rapport Cancès conclut qu'il n'y pas de lien direct entre le nombre d'armes détenues à titre sportif et les atteintes à la sécurité.

Soyons clairs, certes ces deux propositions ne sont pas sérieuses, mais il s'est quand même trouvé plusieurs centaines de députés (socialistes et RCV) pour les présenter. Pour la très grande majorité c'est avec de bonnes intentions. Mais ces députés ont été désinformés, une information objective, comme le rapport Cancès ne leur a pas été faite. Aucune concertation n'a eu lieu avec ceux qui, concernés peuvent contribuer à la recherche de solutions. Comment peut-on expliquer cela?