OREILLE ET LE TIR
Après la vision chez le tireur, déjà traitée dans le Tir Info,
nous nous intéressons dans ce numéro à l’oreille, un organe tout aussi
essentiel dans la pratique du tir sportif. En effet, en dehors de sa fonction
auditive, évidente pour tout un chacun, l’oreille est également fondamentale en
ce qui concerne l’équilibre.
Un second rôle moins connu mais qui est pourtant tout aussi
important.
Le Docteur Jean-Emmanuel MONNEYRON
(Médecin de la Ligue d’Auvergne, membre de la Commission Nationale Sportive à
300 mètres et lui-même tireur sportif accompli explique) :
L’oreille (au sens large) intéresse la pratique du tir sportif
dans la mesure où cet organe assure 2 fonctions primordiales.
L’étude de la gestion de l’équilibre fera l’objet d’un travail séparé car rentrent également en ligne de compte dans la gestion de la verticalité et l’équilibre intéressant le tireur sportif, la proprioception, et de nombreuses interactions au niveau du système nerveux central.En ce qui concerne la fonction auditive, c’est surtout la prévention des lésions auditives pouvant être induites par la pratique du tir sportif qui nous intéressera ici.
Rappels sur la physiologie de l\'audition
La sensation auditive résulte de la transformation par l’oreille
interne de variations de pression en signaux électriques codés.
En effet, tout bruit (qui n’est en fait qu’une succession de
variations de pression par unité de temps en milieu aérien) sera d’abord capté
par le pavillon et le conduit auditif, puis cette vibration sonore mettra en
mouvement le tympan qui, par l’intermédiaire du système des osselets (marteau,
enclume, étrier) réalisera une première amplification sonore.

A partir de l’étrier cette vibration est transmise dans l’oreille
interne (milieu liquide) qui effectuera la transduction de ces variations de
pressions en signaux électriques utilisables par le système nerveux central
(cette fonction est assurée par les cellules sensorielles de l’oreille interne,
les cellules ciliées internes et externes).
Le réflexe stapedien
Il existe un mécanisme de protection de la fonction auditive à l’état normal chez tout individu, c’est le REFLEXE STAPEDIEN.
Ce réflexe met en jeu, lors d’une stimulation importante, une contraction des muscles du marteau et de l’étrier, qui réalisent modification de l’orientation des osselets pour diminuer la transmission mécanique des sons.
La mise en jeu de ce réflexe demande quelques centièmes de
seconde, ce réflexe sera donc utile lors de l’exposition à des bruits importants
mais prolongés dans le temps. Il est malheureusement totalement inefficace dans
le cas d’une exposition des bruits impulsionnels
extrêmement rapides tels que ceux réalisés par les armes à feu modernes.
On conçoit donc alors l’intérêt d’une protection auditive efficace
lors de la pratique du tir, d’autant que les lésions occasionnées à l’oreille
interne par des bruits violents sont la plupart du temps irréversibles.
Ces lésions cochléaires prédominent sur les fréquences aiguës dans
la mesure où la véritable onde de choc est transmise au niveau du premier tour
de spire de la cochlée et se réfléchissent en général dans une zone sensorielle
correspondant à la fréquence de 4000 Hz.

La destruction des cellules sensorielles correspondant à ces
fréquences aiguës pourra alors rapidement avoir un effet désastreux sur la
compréhension du langage parlé, la discrimination des consonnes se faisant avec
difficulté.
Au niveau du tir
Le tireur isolé à l’entraînement verra apparaître des lésions de
localisation différente par rapport à la discipline qu’il tire, et la
protection auditive ne devra être portée que pendant les phases effectives de
tir.

POUR UN TIREUR DROITIER, en pistolet, c’est l’oreille droite qui
est touchée la première par l’onde de choc résultant du coup de feu,
Les tireurs de silhouette métallique ou de parcours de tir
présenteront des lésions finalement peu latéralisées compte tenu de leur
position.
Le problème sera tout à fait différent en compétition puisque les
ondes de chocs viennent de tous côtés et à tout moment. La protection devra
donc être permanente tant que le tireur se trouve au pas de tir.
Heureux sont les arbalétriers dont les armes sont nettement plus
silencieuses et n’occasionnent en règle, pas de traumatisme sonore !
Les tireurs à l’air comprimé devraient à mon avis par principe se
protéger ne serait-ce que pour améliorer leurs possibilités de concentration.
On comprend alors que la prévention des lésions irréversibles
pouvant être reliées à la pratique du tir sportif sans protection est
essentielle.
Les protections
DEUX MOYENS SONT A NOTRE DISPOSITION
1 - D’une part, le classique casque antibruit qui pose l’éternel problème de la
tolérance par forte chaleur, et le problème de son ergonomie lors de
l’utilisation d’armes d’épaule.
2 - La deuxième méthode consistera à obstruer le conduit auditif
par différents moyens.
Le seul procédé acceptable est la réalisation d’un embout
anatomique moulé après prise d’empreintes et réalisé par un professionnel
compétent, dans une matière atraumatique et
réellement absorbante sur le plan acoustique.
Il faut insister sur le fait que la simple réalisation d’un
moulage par une pâte à empreinte ne saurait en aucun cas réaliser une
protection efficace et fiable :
Les petits bouchons de couleur (la plupart du temps jaunes) que
l’on trouve dans le commerce sont totalement inopérants ne serait-ce que sur un
strict point de vue d’hygiène, leur efficacité acoustique est, là-aussi, plus que relative.
Protections externes (casque) et internes (embouts moulés) seront
à utiliser de concert dans la pratique de disciplines
"agressives" (par exemple carabine 300 m).
L’auteur de cet article, utilisateur de cette protection combinée,
n’est pas encore trop "diminué" malgré maintenant 12 ans de pratique
"acharnée"...
Docteur Jean-Emmanuel Monneyron
(Article sur tir
info)